Quand l’art du métal raconte le territoire et le château
Au château de Vayres, l’histoire s’écrit dans la pierre, mais elle se murmure aussi dans le métal. Gonds anciens, serrures, grilles, rampes ou systèmes de fermeture composent un patrimoine discret, souvent invisible au premier regard. Pourtant, ces éléments sont essentiels : ils racontent l’art de la forge et de la fonderie, savoir-faire profondément enracinés en Gironde.
La Gironde, une terre naturellement propice à l’art du métal
Si la forge et la fonderie se sont développées durablement en Gironde, c’est grâce à une combinaison rare de facteurs. La région est structurée par de grands axes fluviaux — la Dordogne, la Garonne et l’estuaire — qui ont longtemps facilité le transport des matériaux et des productions. L’eau y a également fourni l’énergie hydraulique nécessaire aux ateliers de forge. Enfin, la présence de Bordeaux, grand port ouvert sur l’Atlantique, a favorisé les échanges, la diffusion des techniques et le rayonnement des arts du métal.
Dès le Moyen Âge, ces conditions ont permis l’implantation d’ateliers de serrurerie, ferronnerie et forge, en ville comme à la campagne, au service des châteaux, des églises et des demeures seigneuriales.
Bordeaux, capitale régionale du fer ouvragé
À partir de l’époque moderne, Bordeaux devient un centre majeur de ferronnerie architecturale et de fonderie d’art. Les façades de la ville se parent de balcons, garde-corps et rampes en fer forgé, alliant solidité et élégance. Le métal devient un marqueur de modernité et de prestige urbain.
Cette culture du fer ne reste pas confinée à la ville. Elle rayonne dans toute la Gironde et influence les résidences aristocratiques situées le long de la Dordogne, dont le château de Vayres, à la fois proche de Bordeaux et ancré dans un paysage fluvial stratégique.
La fonderie en Gironde : cloches, pouvoir et industrie
La Gironde se distingue également par son rôle dans l’histoire de la fonderie. À Bordeaux, une cloche monumentale est fondue en 1775 pour la Grosse Cloche, symbole civique et sonore de la ville. Le métal devient alors porteur de temps, de mémoire collective et d’identité urbaine.
À la Révolution, la ville tente même d’organiser une fonderie de canons, révélant l’importance stratégique de ces savoir-faire. Plus tard, aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, des fonderies industrielles s’implantent en Gironde, produisant notamment des éléments en fonte pour l’architecture et le chauffage, prolongeant la tradition du métal jusqu’à l’époque contemporaine.
Le château de Vayres, témoin discret de ces savoir-faire
Le château de Vayres est un lieu privilégié pour lire l’histoire du métal en Gironde.
À l’époque médiévale, alors que le château est une forteresse, le fer est indispensable : serrures, verrous, gonds forgés à la main assurent la défense et le contrôle des accès. Le métal est alors synonyme de protection et d’autorité.
À partir de la Renaissance et surtout au XVIIᵉ siècle, lorsque le château devient plus résidentiel, le rôle du métal évolue. La ferronnerie accompagne les grands aménagements et les circulations : le fer ne se contente plus de fermer, il structure l’espace et le regard. La Fonderie d’Art y trouve aussi sa place en se glissant dans l’ornement de portes, de fenêtres ou encore de cheminées. Le mobilier n’est pas en reste et se voit agrémenté d’une variété de décor en métal évoquant, généralement, la faune et la flore.
Regarder le château autrement
Au fil de la visite, une charnière, une serrure ou une rampe deviennent des indices précieux. Ils racontent une culture régionale du métal, façonnée par les fleuves et des siècles de savoir-faire transmis de génération en génération.
Ainsi, le château de Vayres ne se comprend pas seulement comme une œuvre de pierre. Il est aussi le reflet d’une Gironde, terre de forge et de fonderie, où l’art du métal accompagne l’histoire, du Moyen Âge à nos jours.

