Histoire
Dominant la Dordogne, sur l’axe de communication avec le centre de la France, le site de Vayres présenta de tout temps un grand intérêt stratégique, en particulier pour la défense de Bordeaux. Aussi a-t-il été occupé très tôt dans l’histoire. Des fouilles ont permis de mettre à jour d’anciens fours de poterie gallo-romaine confirmant la présence, déjà à cette époque, d’une population nombreuse. On sait qu’à un oppidum gallo-romain a succédé un premier château fort en bois.
Dès le XIème siècle le Château de Vayres est en pierre, comme l’atteste un écrit datant de 1092. Il ne reste rien de ce simple donjon médiéval entouré d’une palissade en bois.
Au XIIIème s. Amanieu VII d’Albret (1288) devient seigneur de Vayres lorsqu’il reçoit château et terres en dot. Il fortifie le château en créant la Tour du Moulin. C’est un tournant dans l’histoire du monument puisqu’il restera possession de la famille d’Albret pendant environ 300 ans, jusqu’au roi Henri IV.
A partir de 1326, Bérard d’Albret prend parti pour l’Angleterre qui contrôle alors la Guyenne, obtient le soutien financier du roi Edouard II, et transforme le Château de Vayres en vaste forteresse. De cette période médiévale subsistent aujourd’hui le donjon, le châtelet d’entrée et les douves qui ont toujours été sèches.
Le château fut considérablement endommagé durant la Guerre de Cent Ans. Au cours du XIVème s. les propriétaires successifs se ralliant tantôt aux Français, tantôt aux Anglais, Vayres fut saisi en représailles et donné à différents personnages : Gaston de Foix, une autre branche de la famille d’Albret etc. Il vint plus tard par mariage en 1499 à César Borgia. La fille de César Borgia restitua Vayres à Henri d’Albret, roi de Navarre et grand-père du roi de France Henri IV, en 1535.
Henri de Navarre, futur roi Henri IV, hérite du Château de Vayres par sa mère Jeanne d’Albret. Il y séjourne à plusieurs reprises avant de le vendre, en fort mauvais état, en 1583 à Ogier de Gourgue. Président des trésoriers des finances de Guyenne, celui-ci est un personnage riche et puissant qui entreprend de grands travaux. La forteresse est transformée en château d’agrément dans le style de la Renaissance française. En 1586, Ogier de Gourgue fait appel à un architecte renommé, Louis de Foix, qui fut en particulier l’ingénieur du phare de Cordouan et travailla à la cour d’Espagne. Louis de Foix crée à Vayres la magnifique façade, à décor maniériste et d’un grand raffinement, sur la cour d’honneur.
Le Château de Vayres sera ensuite le théâtre de nouveaux combats au XVIIème s. Les Gourgue adhèrent alors à la Fronde parlementaire, contre Mazarin et le jeune roi Louis XIV. A l’issue de cette période, le château est très endommagé. Un peu plus tard, Jacques-Joseph de Gourgue, évêque de Bazas, en entreprend la restauration. Il fait apporter des modifications notables au monument côté Dordogne : harmonisation des corps de bâtiments et surtout création du monumental escalier enjambant les douves.
Au début du XVIIIème s., le pont-levis et la barbacane sont remplacés par un pont « dormant » et l’élégant portique à la Vauban par où l’on pénètre désormais dans le château. Le Château de Vayres n’a plus subi de transformation depuis lors. La famille de Gourgue en est restée propriétaire jusqu’aux environs de 1900.
Les jardins du XVIIème s., représentés sur une gravure dite de Chastillon, étaient vastes et orientés parallèlement à la Dordogne. Détruits au cours des ans, ils ont été recréés en 1938 avec un dessin plus simple, mais toujours régulier, de parterres à la française par l’architecte-paysagiste Louis-Ferdinand Duprat.

